« Édouard Glissant a traversé le siècle politique et intellectuel. D'abord partisan de la négritude théorisée par Aimé Césaire, il dépasse ce concept avec « la créolisation du monde ». Rentré en France cette année pour s'occuper de l'Institut du Tout-Monde qu'il a crée en 2007, il a longtemps vécu a New York où, depuis 1995, il est titulaire d'une chaire de littérature française à la City University of New York. Observateur privilégié de I’évolution et de l'état de la société américaine, ou sa pensée agite le monde intellectuel, il parle avec entrain de Barack Obama. Les deux hommes ont des points communs.

D'abord, le probable et souhaité futur Président est pour Glissant l'incarnation de ce qu'il nomme depuis trente ans la créolisation du monde. Ensuite, tous deux abhorrent les murs. En septembre 2007, en réaction au « mur-ministère" de l'Identité nationale et de l'Immigration, Édouard Glissant et Patrick Chamoiseau cosignent le beau manifeste Quand les murs tombent. En juillet 2008, Barack Obama, « citoyen fier des États-Unis et citoyen du monde », s'adressera ainsi à la foule des Berlinois : « Le plus grand de tous les dangers serait de permettre a de nouveaux murs de nous diriger. (…) Ce sont les murs qu'il nous faut faire tomber. » Retour avec Édouard Glissant sur l'avènement d'Obama. […] »

Anne Laffeter, Les Inrockuptibles, 28 octobre 2008.