Bonjour,
C'est avec un immense plaisir que nous avons découvert les réactions suscitées par la publication, ce printemps, du roman de l'israélien Yoel Hoffmann, Bernhard. Je vous livre, ci-dessous, quelques unes des lectures de ce très beau texte, traduit de l'hébreu par Sylvie Cohen.
« Le Salon du Livre nous a donné l'occasion de découvrir un petit bijou. Texte onirique et singulier, Bernhard est le premier roman traduit d'un auteur né en 1937, méconnu en France : Yoel Hoffmann […]. Se non è vero, è ben trovato... Ce glissement permanent entre fantasme et réalité est typique de son style. Toutes ces volutes de la mémoire et du rêve sont la matière même de Bernhard. […] On ressent à sa lecture une sorte de vertige cosmique, et l'on goûte le déploiement du monde sur le mode épiphanique. »
Sean-James Rose, Numéro, mai 2008.
« Bemhard, de Yoel Hoffmann, est un livre puissant, inattendu. Exigeant aussi. […] Comme chez Oz, toute une société se met en place, avec ses figures, ses points de fuite, ses mœurs, sa culture, son histoire, la guerre. Tous les épisodes s'articulent en courts chapitres, comme des récits tirés de la Bible. De l’intimité, de l'angoisse et des questions de Bernhard – grand lecteur des philosophes – à la grande scène du monde, il n'y a pas discontinuité. »
Patrick Kéchichian, Le Monde des Livres, 14 mars 2008.
« Un roman peu conventionnel, entre-deux entre la prose et la poésie tout autant que magistrale réflexion sur l'identité et l'exil. »
Vanesse Postec, La Croix, 13 mars 2008.
« Au bout de ces 172 brefs chapitres qui s'égrènent en tableaux vivants, à la fois empreints de langueur nostalgique et pleins de cocasserie, on éprouve un certain vertige, comme ébloui par un rêve plus vrai que nature. »
Sean-James Rose, Livres Hebdo, 7 mars 2008.
Très bonne lecture,
Emmanuelle Collas.
galaade
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05 juin 2008
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« Trudi Montag grandit dans un petit village d'Allemagne, à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Naine, elle apprend peu à peu à survivre à la violence du regard des autres. Mais en des temps troublés, le pire reste à venir… Ursula Hegi dresse le tableau lyrique et foisonnant d'une communauté ordinaire aux prises avec le mal. Bouleversant. » Sophie Pujas,
Transfuge, automne 2007.
Si vous avez aimé
Les Disparus de Daniel Mendelsohn ou
Seul dans Berlin de Hans Fallada, je vous recommande la lecture de
Trudi la naine d'Ursula Hegi.
« Trudi m'autorisait à montrer les choses que personne ne voulait voir. » Ursula Hegi.
Pour mieux connaître l'auteur de ce grand roman, un entretien exclusif de Sophie Pujas sur le site du magazine
Transfuge.
Bonne lecture.
Emmanuelle Collas.
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10 décembre 2007
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Irvin Yalom, ce psy pas comme les autres, commence à être connu en France.
Après Apprendre à mourir. La méthode Schopenhauer, Le Bourreau de l'amour. Histoires de psychothérapie et Mensonges sur le divan, Galaade a publié Et Nietzsche a pleuré, cette histoire entre philosophie et fiction, entre un patient extraordinaire et un médecin talentueux, entre Nietzsche et le père de la psychanalyse, sous l'égide de l'impétueuse Lou-Andreas Salomé.
Vous pouvez retrouver Irvin Yalom dans un entretien privilégié avec ses lecteurs dans le magazine Psychologies de décembre.
Je vous en souhaite bonne lecture.
Emmanuelle Collas.
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07 décembre 2007
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Editrice, mais aussi citoyenne, je vous adresse ces quelques mots.
Le 4 octobre 2007 est paru aux éditions Galaade le texte d’intervention Quand les murs tombent. L’identité nationale hors-la-loi ? Je sais que vous êtes de vrais lecteurs, à la fois découvreurs et passeurs. C’est à ce titre que je m’adresse à vous.
Pour rappel, quelques dates :
Le 4 octobre 2007, Édouard Glissant et Patrick Chamoiseau réagissent à l’inauguration du ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Co-développement et lancent un appel contre « les murs » qui aujourd’hui menacent la relation à l’autre.
Le 22 octobre, l’Assemblée nationale adopte le projet de loi sur la maîtrise de l’immigration, doté de l’amendement ADN.
Le 8 novembre, Brice Hortefeux annonce 18 600 expulsions d’étrangers en situation irrégulière depuis le début de l’année 2007.
Le 15 novembre, le Conseil constitutionnel valide le recours aux tests ADN.
Quand les murs tombent. L’identité nationale hors-la-loi ? écrit par Édouard Glissant et Patrick Chamoiseau a la force d’un authentique texte littéraire. C’est un texte court et modéré, même s’il est né d’une indignation. 32 pages pour penser ce que signifie le débat actuel sur l’identité nationale. 32 pages pour sortir ce débat de l’impasse idéologique.
Je vous le confie. À vous de lire et de me dire.
Emmanuelle Collas.
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20 novembre 2007
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Entretien entre Patrick Chamoiseau et Edouard Glissant, L'Humanité, 12 octobre 2007. Extraits.
« Leurs voix, conjuguées, s'étaient élevées, il y a deux ans, pour dénoncer la loi du 23 février 2005 glorifiant le « rôle positif » de la colonisation. [...] Edouard Glissant, poète et philosophe, et Patrick Chamoiseau, écrivain et dramaturge, analysent le recul de civilisation que signe la création d'un ministère de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Co-développement. Une initiative par laquelle, disent-ils, la France trahit son plus grand message historique, « l'exaltation de la liberté pour tous » et, dans une vaine tentative, prétend s'inscrire à contre-courant de l'inévitable et fulgurante créolisation des sociétés et du monde. En dépit des murs, analysent-ils, « le monde a quand même fait Tout-Monde. Les cultures, les civilisations et les peuples se sont quand même rencontrés, fracassés, mutuellement embellis et fécondés, souvent sans le savoir ». Dans ce manifeste, dans lequel ils défendent, contre toutes les formes de repli, une conception de l'identité fondée sur la relation, ils appellent toutes les forces humaines à protester « par toutes les formes possibles » contre la création du « mur-ministère ». Rencontre.
Patrick Chamoiseau : Ce qui se passe actuellement dans une démocratie comme la France est consternant, lamentable, effarant. De telles lois trahissent une méconnaissance du monde, des nouvelles lignes de force qui s'y installent, une ignorance de ce qu'est l'identité. Ces gens sont entrés dans un processus mortifère, qui va faire beaucoup de mal à la France. Il est donc fondamental de nous opposer de toutes nos forces [...].
Edouard Glissant : Dans Une nouvelle région du monde, je souligne la nécessité des frontières en ce qu'elles distinguent des natures et des représentations différentes du monde. Le Tout-Monde n'est pas un salmigondis. Il y a des lieux du monde avec leur personnalité, leur originalité. Mais les frontières, ici, distinguent ces différentes natures pour les relier, non pour les séparer. Le texte Quand les murs tombent reprend cette idée, selon laquelle les frontières devraient être considérées comme des lieux de passage, comme de réels passeurs d'identité.
Patrick Chamoiseau : [...] Les mutations actuelles nous mettent face à l'irruption de l'autre, ce qui provoque des processus rétractiles. Ces derniers prennent la forme de l'intégrisme religieux, de la « purification ethnique », ou encore de ce tri génétique qui, s'il peut apparaître, a priori, plus doux, relève, en fait, du même phénomène : l'expression de la peur face à l'irruption du monde. Mais aucun mur ne peut arrêter le monde. Il nous faut désormais penser notre développement personnel et nos développements nationaux dans cette réalité du monde. Cela demande un autre imaginaire. [...] »
Entretien réalisé par Rosa Moussaoui, L'Humanité, 12 octobre 2007.
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12 octobre 2007
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Bonjour,
Galaade vient de publier Je m’appelle Anne, dit-elle, Anne Frank. Souvenirs de Jopie, de Jacqueline van Maarsen. Cet ouvrage, qui éclaire d’une manière nouvelle l’histoire d’Anne Frank, est le témoignage d’une survivante sur la difficulté, pour les porteurs de mémoire, de continuer à vivre après la Shoah.
En 2005, Galaade publiait La Chasse aux évidences. Sur quelques formes de racismes entre mythe et histoire (Prix Roger Caillois 2007 – catégorie essai) de Maurice Olender. Un ouvrage qu’Antonio Tabucchi a salué comme « l’un des plus nécessaires de notre époque » par « sa capacité d’illuminer notre présent avec le temps passé, de nous faire comprendre que ce qui existe aujourd’hui est ce qui a déjà eu lieu, que le passé est notre contemporain » (in Le Monde diplomatique, juillet 2006).
C’est dans cette même lignée que s’inscrit Dreyfus au Panthéon. Voyage au cœur de la République de Vincent Duclert, paru en février 2007. Ce « livre citoyen », panorama documenté d’une histoire récente tendue vers l’avenir, montre combien avec Dreyfus, avec le centenaire de sa réhabilitation, la France a eu rendez-vous avec son destin.
Le récit de Jacqueline van Maarsen se place chez Galaade au cœur de cette problématique de l’antisémitisme. La publication d’un tel ouvrage prend toute son importance à l’heure où l’antisémitisme – et tous ses démons – refait surface en Europe (1er congrès des néonazis à Berlin en novembre 2006 – Le Monde, 15 novembre 2006), et au moment où textes et études portent de plus en plus sur les bourreaux.
Nous poursuivrons ce travail contre toutes les formes d’intolérance en publiant, à la rentrée 2007, le roman d’Ursula Hegi, Trudi la naine.
Trudi la naine, que nous nous réjouissons de vous présenter, est une vaste fresque romanesque en partie inspirée de faits réels. Ursula Hegi, allemande naturalisée américaine, y explore tout un pan de l’histoire de l’Allemagne dont elle exhume les épisodes douloureux et les actes inavouables. Une œuvre audacieuse qui tente d’appréhender le glissement de la civilisation vers la barbarie.
Je vous confie ces textes que je défends et que vous aurez, je l’espère, le désir et le plaisir de lire.
Je vous remercie pour votre soutien.
Emmanuelle Collas.
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07 mai 2007
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Abdulrazak Gurnah, lauréat 2007
pour son ouvrage "Près de la mer" (Editions Galaade)
Le jeudi 22 mars à 19h, dans le cadre de la soirée d’inauguration du Salon du Livre de Paris, Abdulrazak Gurnah, lauréat 2007 du Prix RFI Témoin du Monde recevra son Trophée à l’occasion d’un cocktail sur l’Espace RFI (H20).
Créé en 1997, le Prix RFI Témoin du Monde couronne un livre de témoignage ou une œuvre de fiction qui apporte un éclairage personnel sur un grand sujet d’actualité ou de culture. Le lauréat bénéficie : · d'une dotation 5 000 €, · une campagne de promotion en concertation avec l’éditeur.
L’auteur : Abdulrazak Gurnah
Né en 1948 sur l’île de Zanzibar (côte orientale de l’Afrique), Abdulrazak Gurnah est l’auteur de six romans, dont « Paradis » (Le Serpent à plume, 1999) et « Près de la mer », qui ont tous deux fait l’objet d’une sélection au Book Prize et au Los Angeles Times Book Prize. Son dernier livre, « Desertion » (Londres, Bloomsbury, 2005), a été sélectionné pour la Commonwealth Writers Prize de 2006 et sera également publié par Galaade. Abdulrazak Gurnah vit aujourd’hui à Brighton et enseigne la littérature à l’université de Kent.
Le Livre : "Près de la mer"
Angleterre, 1994. Saleh Omar, 65 ans, est demandeur d'asile. Il a fui Zanzibar et les violences des années postcoloniales, un coffret d'encens rare pour tout bien précieux, et se présente à la douane de l'aéroport de Gatwick avec un faux passeport, sous le nom d'emprunt de Rajab Shaaban. Sur recommandations du passeur, il prétend ne comprendre que le swahili. Rachel Howard, la travailleuse sociale qui suit son cas, fait appel à Latif Mahmud, lui-même natif du Zanzibar et spécialiste de la région, afin qu'il soit leur interprète. Mais Omar finit par avouer à Rachel qu'il parle anglais et que Latif Mahmud ne lui est pas inconnu : le nom d'emprunt choisi par Omar, Rajab Shaaban, est le propre nom du père de Mahmud.
Du 23 au 27 mars 2007, dans le cadre du Salon du Livre, RFI propose à ses auditeurs du monde entier de vivre en direct l’actualité du Salon depuis son Espace installé Porte de Versailles, au Palais des Expositions.
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20 mars 2007
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Un mot sur nos livres à paraître en janvier et février 2007, et notamment :
Un essai de sciences humaines, à la fois livre d’histoire et document d’actualité : Dreyfus au Panthéon. Voyage au cœur de la République. Vincent Duclert y analyse les significations politique et historique de la « nouvelle affaire Dreyfus », survenue après la parution de sa biographie sur Dreyfus au printemps 2006 (Fayard). Pourquoi une nouvelle réhabilitation apparaît-elle aujourd’hui comme nécessaire ? C’est ce dont nous parle Vincent Duclert dans cet ouvrage riche en sources et en documents, de 1894 à 2006, au moment où la France se pose la question des valeurs de la République.
Galaade, qui a publié en septembre 2006 le roman d’Abdulrazak Gurnah, Près de la mer, cette fable du déracinement plongeant au cœur de l’Afrique, publiera en février 2007, cette fois-ci en sciences humaines, Cendrillon en Afrique, de cette grande africaniste et anthropologue qu’est Denise Paulme (1909-1998). Préfacé par Françoise Héritier, cet ouvrage présente une relecture universelle des grands mythes de l’humanité à l’aune de l’Afrique.
En littérature étrangère, Galaade poursuit sa politique d’auteurs avec Steven Millhauser, l’un des plus singuliers écrivains américains contemporains, dont Galaade publie, après La Galerie des jeux en octobre 2006, Le Musée Barnum, dont l’une des nouvelles fait l’objet du film L’Illusionniste, de Neil Burger, qui sortira le 17 janvier 2007.
Galaade vous propose également une nouvelle voix palestinienne, celle du poète Mahmoud Abou Hashhash, qui évoque le siège de Ramallah par les Israéliens en 2002. Longue lettre écrite à une femme retraçant au quotidien le passé récent de la ville, Ramallah, mon amour réunit sous un angle profondément intime guerre, amour et écriture.
Enfin, Galaade renouvelle sa confiance à Alain Foix en littérature française en choisissant de publier, après Peintre peint sur papier peint, son nouveau roman, Vénus et Adam, où résonne avec force la question de l’identité et des origines : une intrigue saisissant dans sa toile un crime du temps présent trouvant sa source dans le passé.
Je vous confie ces auteurs que je défends et que vous aurez, je l’espère, le désir et le plaisir de lire.
A très bientôt,
Emmanuelle Collas, Directrice des éditions Galaade
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20 décembre 2006
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Quand Patrice Loraux évoque le livre de Maurice Olender, La Chasse aux évidences. Sur quelques formes de racisme entre mythe et histoire, qu'écrit-il ?
« On dira volontiers de Maurice Olender qu’il se veut historien de tous les phénomènes qui n’ont pas de visibilité directe, mais seulement biaisée et qui, par conséquent, ne se prêtent pas à une saisie en pleine lumière : ainsi, les impostures, les mensonges, les maquillages, leurres, les rumeurs, les oublis, les silences. Pour une telle histoire dont les objets s’effritent, et parfois se dissolvent dès qu’on les analyse, la méthode est donnée en acte par Maurice Olender dans sa Chasse aux évidences : des éclairages sous différents angles multipliés, partiels, rapides et qui dessinent des places occupées régulièrement par un trompe-l’œil, puisque l’objet propre est un « semblant », actif par ses effets plus que par sa consistance. Ainsi les Protocoles des Sages de Sion.
En conséquence, un avertissement qui vaut comme règle : si on ne fait pas l’histoire de ces objets, paradoxalement opaques par non-lieu, la transmission et l’écriture de l’histoire se trouveront bloquées.
A titre d’exemple, mettons l’accent sur l’un de ces objets, le silence d’une génération, celle de ces intellectuels allemands, contemporains du Nazisme, frappés sur le coup d’impuissance critique, puis de mutisme. L’étrangeté de la barbarie nazie, notera H.R. Jauss, aura provoqué chez des gens d’analyse et de discours une stupeur productrice de silence qui, jamais, n’a pu se convertir en parole publique.
Là, Maurice Olender, précise bien son angle d’analyse : il ne sollicite ni aveu, ni repentance, pas d’avantage il ne veut faire parler le silence, mais il expose le paradoxe. De tels silences sont, de plein droit, des objets d’histoire qui opèrent comme « inhibiteurs » d’histoire. Bref il s’agit alors de faire l’histoire d’une non-histoire, ou plutôt d’un « non-lieu » de parole. Et nul n’ignore que ce qui se transmet par le seul silence est redoutable. En conséquence, il faut s’employer à réduire la puissance mystifiante du mutisme, ce qui requiert l’invention d’une « micrologie de l’indirect ». Maurice Olender s’y emploie.
C’est exemplaire avec Heidegger. Il y a donc ce qu’il est convenu d’appeler le « silence de Heidegger » sur sa compromission active avec le Régime Nazi, c’est-à-dire sur l’Année du Rectorat. Silence qui s’euphémisera dans une formule lapidaire abondamment reproduite : «la plus grosse bêtise de ma vie ».
La formule est une « énormité » et elle fera écran aussi longtemps qu’elle vaudra comme explication tant minimale que globale, laissant inentamé un immense silence intolérable. Bref, non localisée dans la biographie de Heidegger, la formule renforce le mutisme et c’est le mérite de Maurice Olender de faire comprendre que les choses ne bougeront qu’en corrélation avec l’enquête historienne, capable de dater et, par là, de réexaminer cette formule de plomb.
La vulgate était celle d’une formule quasi-officielle (« la plus grosse bêtise de ma vie »), dite sur le tard, avec recul et prise de distance, ayant du coup valeur de jugement rétrospectif, qualifiant, des années après, l’événement d’ « incident de parcours », reconnu et admis.
C’est là qu’entre en scène l’enquête micrologique de Maurice Olender, menée comme une reconstitution des faits, leur qualification venant par la suite, le trajet est indirect et des voix anonymes s’interposent, qui permettent d’éclairer le scénario.
Le propos n’avait rien d’officiel. Dès 1934, presque à chaud, questionné par une auditrice -de nous inconnue- qui dit ne rien comprendre à cette affaire de Rectorat, Heidegger « lâche » en privé : « die grösste Dummheit meines Lebens ». Cette « sottise » condense, pour l’analyse, au moins trois valeurs. La « stupeur » devant l’énormité incomprise du phénomène, stupeur analogue, dira Jaspers, à celle « d’un enfant qui s’engage dans une affaire catastrophique, dont il n’a rien vu des conséquences à venir » ! Ensuite, l’ « aphasie » qui soustrait les mots «justes» qu’il y aurait à articuler et laisse sur le mutisme. La « résolution », enfin, jusqu’à l’entêtement de ne pas en dire d’avantage et de s’en tenir à cette qualification. Bref, ce terme de « grosse bêtise » engage dans un mutisme assourdissant et l’énormité de l’embardée prive de la parole qui permettrait de négocier du transmissible, à condition de pouvoir « articuler » le mot de « honte ».
En somme, Maurice Olender, devient dans cette Chasse aux évidences l’historien des effets terriblement réels de ce qui, en histoire, n’arrive pas à avoir lieu par manque d’accès à la parole et se signale seulement par un efficace traumatique sur la transmission.
Maurice Olender, donc historien du « Non-lieu » de mémoire et des « Non-paroles » entre générations.
L’importance de l’entreprise ne saurait échapper. »
Patrice Loraux, Po§sie N° 117, septembre 2006
galaade
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30 septembre 2006
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Je vous annonçais il y a quelques temps la sortie du livre de Victor Leduc, Les Tribulations d’un idéologue.
Eh bien ! c'est pour le 28 septembre.
Et ce jour-là, je vous invite à rencontrer Jean-Pierre Vernant, en compagnie de Maurice Olender et de François Vitrani, à la Maison de l'Amérique latine à 18h30.
Ensemble, ils évoqueront cet homme exceptionnel qu'était Victor Leduc, véritable "animal politique" pour reprendre l'expression d'Aristote, au militantisme chevillé au corps.
A bientôt,
Emmanuelle Collas
galaade
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16 septembre 2006
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